Ce texte écrit par Lily a remporté le premier prix dans la catégorie des collégiens de 4ᵉ et de 3ᵉ en 2026.
Nous sommes en 1957. Les tensions internationales ne font que s'aggraver entre les deux grandes puissances mondiales.
On m'a pomponnée pendant des heures et on m'a enfilé ce costume ridicule. Je marche maintenant sur un tapis rouge, aveuglée par tous ces flashs blancs. Ces journalistes ridicules font des signes et crient pour que je tourne la tête vers eux. Même la CCCP-TV, la télévision nationale, est là pour moi !
Une journaliste s'exclame en me voyant : « La voilà, celle qui va révolutionner la science ! » Je ne réponds pas, continuant ma route vers ma « boîte de conserve ».
On finit de m'équiper devant celle-ci, puis je monte. L'odeur du fer me fait mal au nez. Je suis comprimée dans ce tas de ferraille. Puis on m'accroche.
Soudain le sol tremble, les murs vibrent. Je me sens écrasée. Je lutte contre une force invisible et je m'évanouis. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé. Quand j'ouvre les yeux, tout est calme, seul un « bip bip » régulier rythme le temps. Soudain j'ai peur, une angoisse terrible me serre le ventre. Je ferme les yeux et me remémore les jours qui ont précédé mon départ.
Je me revois observant les bâtiments, me promenant dans les rues avec cette sensation de liberté qu'on éprouve quand on pense qu'on a la vie devant soi. Mais un jour, ils sont arrivés derrière moi et m'ont attrapée. Je hurlais, gesticulais mais rien n'y faisait. Les passants ne m'aidaient pas et détournaient le regard, comme des lâches. À travers ma peau je sentis une piqûre et m'endormis doucement devenant docile, à la merci de mes agresseurs.
Au moment de mon réveil j'étais dans une vieille cage toute rouillée, affaiblie, et les muscles engourdis par ce qu'on m'avait infligé. Des moisissures désagréables ornaient les quatre murs de béton qui me retenaient prisonnière. Peu de temps après, des hommes en blanc sont entrés dans la pièce et m'ont ouvert. Instinctivement je reculai et mon dos toucha les barreaux en métal. Mais on me sortit de force et m'entraîna en dehors de ma cellule.
Pendant des semaines, chaque jour, ce fut la même routine : on me levait aux aurores, je traversais de grands couloirs blancs. Malgré la peur, je n'avais pas le choix, j'étais obligée d'y aller.
À chaque fois j'arrivais dans la même pièce remplie d'objets scientifiques. On me branchait des câbles et des électrodes, et on prenait mon pouls. Puis venait l'étape que je redoutais le plus... l'essoreuse à salade ! Enfin, c'est le surnom que je donnais à cette horrible machine. On m'y laissait dedans jusqu'à ce que je perde connaissance. Et tous les jours, le supplice a recommencé jusqu'à aujourd'hui.
Je rouvre maintenant les yeux et je scrute les alentours à travers un petit hublot. Ce que j'aperçois est inimaginable, c'est beau : du bleu à perte de vue et des taches blanches comme si du coton était en suspension. C'est incroyable ! Cette vision de l'immensité du monde m'apaise alors que la faim et la soif me tiraillent. Mais le plus difficile c'est l'air qui se fait de plus en plus rare. Parfois je hurle, mais personne ne semble m'entendre. Seul ce bip bip m'accompagne, inlassablement.
Je fatigue et m'interroge sur cette révolution scientifique qu'évoquait la journaliste ce matin : pourquoi moi, Laïka, une chienne si gentille, m'a-t-on envoyée si loin dans l'espace vers une mort certaine ?