Ce texte écrit par Nora a remporté le premier prix dans la catégorie des collégiens de 6ᵉ-5ᵉ en 2022.
L'avis du jury
C’est un texte long qui évoque le cyberharcèlement lié à la discrimination de genre puisque les deux personnages principaux sont transgenres. Le personnage principal qui est aussi le narrateur fait le bilan au soir de sa vie. Ce texte transmet beaucoup d’émotion notamment par rapport au vécu du personnage principal, Sebastian qui deviendra Séléna. La longueur, un peu hors règlement, permet à l’auteur d’utiliser des outils d’écriture très différents : dialogue, récit, insertion de sms, chapitres. Le passage d’un personnage à l’autre est parfois un peu confus mais ne gâche pas le plaisir de la lecture.
⚠️⚠️⚠️ EN COURS DE MISE EN PAGE ⚠️⚠️⚠️
Chapitre 1 : Sébastian
Salut, moi, c’est Sébastian, j’ai 67 ans et j’habite à Montpellier. Je suis assez spécial car je suis ce qu’on appelle « mauvais genres », c’est-à-dire je suis né garçon et que j’ai décidé de devenir fille. Je vais vous raconter comment se sont passées toutes ces années.
Nous sommes en 1998 à Montpellier, dans une maternité et nous entendons des pleurs de nouveau-né. Ce nouveau-né c’est moi. Je suis né le 16 avril 1998.
Les années passent, j’ai maintenant 7 ans, et nous apprenons que ma mère est gravement malade. Mon père et moi sommes bouleversés. Le 12 septembre 2005, ma mère décède dans son lit. Je n’ai jamais été aussi triste. A partir de ce moment-là, mon père commence à boire et il rentre très tard le soir à la maison. Mon père décide de ne plus s’occuper de moi. Alors, le 3 mars 2006, il m’amène chez ma grand-mère.
Chez ma grand-mère, la vie est plutôt calme. J’ai maintenant 13 ans et il temps pour moi d’aller au collège (car je n’y suis pas allé pour la 6e et la 5e). J’appréhende beaucoup le collège, je me pose beaucoup de questions. Le 1er septembre, j’entre dans mon nouveau collège et là je vois une foule de personnes qui m’ont l’air bien sympathique. Je m’approche et leur dis :
— Excusez-moi, je suis nouveau et je rentre en 4e. Je peux me joindre à vous ?
— Dégage ! On ne veut pas de garçon avec nous !, me dit l’une d’elles.
— Merci. Sympa, l’accueil !, je lui réponds avant de m’en aller.
Une des filles me rejoint et me dit :
— Je sais, elles ne sont pas très commodes avec les nouveaux.
— Ouais, j’avais remarqué.
— Tu sais, tu as l’air sympa. Moi, c’est Marie, et toi ?
— Moi, c’est Sébastian. - Alors, enchantée, Sébastian.
— Enchanté.
Et on commence à parler de notre vie, de trucs drôles etc.
Puis la journée se termine, je rentre en bus chez ma grand-mère. Je lui raconte ma journée, ma nouvelle amie Marie, comment sont les profs, les cours… Puis, à force de parler avec Marie, on devient inséparables, mais j’ai quand même l’impression qu’elle me cache quelque chose, que tout le monde ignore.
Chapitre 2 : le secret de Marie
Le lendemain, en arrivant au collège je vais voir Marie pour lui demander si elle me cache quelque chose. - Marie… j’ai quelque chose à te demander. - Oui, qu’est-ce qu’il y a ? - Euh… est-ce que tu me caches quelque chose ? - Euh… non… Pourquoi ? - Oh ! Eh… bien parce que j’avais l’impression mais si tu ne me caches rien, ça va alors. Je le voyais dans ses yeux, dans sa façon de parler, je voyais bien que j’ignorais quelque chose à son sujet. Mais je n’avais pas envie de creuser, je me suis dit qu’un jour elle me le dirait, le jour où elle sera prête pour tout m’avouer. Je ne m’attendais pas qu’elle me le dise si tôt. Le lendemain est un jour férié, donc pas besoin d’aller au collège. Et comme tous les matins, je suis allé chercher le courrier pour ma grand-mère. Mais ce matin-là une lettre à mon nom était déposée dans la boite à lettres. Je suis allé m’installer sur mon lit pour la lire. Elle disait : Salut Sébastian, C’est Marie, Si je t’écris cette lettre c’est que je ne suis pas capable de te le dire en face. Tu vas sûrement trouver le reste de la lettre bizarre, mais c’est vrai. Bon, je me lance ! Mon vrai prénom est Mathis, je suis un garçon mais j’ai décidé de devenir une fille à l’âge de 9 ans. Au début, mes parents n’ont pas tout comprise mais ils ne m’ont pas jugé, ils ont respecté mon choix. Je sais, c’est dur de s’en rendre compte mais c’est la vérité. Je suis désolée de ne pas te l’avoir dit avant. Marie (ou plutôt Mathis) Tout à coup je me suis senti bizarre, puis j’ai trouvé ça bizarre, mais je me suis dit que c’est son choix. Le lundi suivant, quand je suis arrivé au collège, je suis allé retrouver Marie comme tous les matins. Mais ce matin-l) elle avait l’air gênée, même trop gênée à mon goût. Toute la journée, je ne lui ai pas parlé de la lettre, je n’avais pas envie de parler de ça. La journée se termine tranquillement. Arrivé chez moi, je me pose sur mon lit et je réfléchis à la lettre de Marie, au fond de moi je me disais que ça avait l’air bien d’être une fille, mais dès que j’y pensais, je chassais directement cette pensée. Il est tard, sur mon réveil s’affiche 23:47, et je n’arrive toujours pas à trouver le sommeil. Je prends alors mon téléphone pour voir si j’ai reçu des messages. Mon téléphone vibre, c’est un message de Marie. Salut Seb, Je sais que je t’écris tard mais je dois te parler de quelque chose d’horrible Qu’est-ce qu’il y a ? Dis-moi tout. Je suis prêt à écouter. Je ne sais pas comment mais une personne a su que j’étais trangenre et sur les réseaux j’ai reçu des insultes. Je ne sais pas quoi faire. Je te jure que ce n’est pas moi qui l’ai dit. Ne t’inquiète pas, je sais que ce n’est pas toi, mais je ne sais pas qui c’est. Depuis quand on t’envoie des insultes ? Et qu’est-ce que c’est comme genre d’insultes ? C’est depuis ce soir. Comme genre d’insultes, il y a « espèce de nul(LE) » ou même « tu n’as rien à faire dans ce monde, espèce de trans ! » QUOIIIIIIII ? Mais c’est du grand n’importe quoi !! Comment s’appelle le profil de cette personne ? Il n’y a pas de nom. Il y a juste une tête de mort, avec comme « nom » de profil, il y a « !!! » Tu sais quoi ? Demain, on va aller tous les deux en parler au proviseur. Passe une bonne fin de nuit, ne pense plus à ça. Bises Merci, t’es génial ! Bonne nuit à toi aussi. Bises, à demain. Quand la conversation par message fut terminée j’étais dans une colère noire, je languissais de lui régler son compte à ce harceleur. Chapitre 3 : chez le proviseur Le lendemain matin quand Marie arriva (eh oui, pour une fois, je suis arrivé avant elle), nous nous sommes directement dirigés vers le bureau du proviseur. TOC TOC TOC - Oui, entrez. - Bonjour je m’appelle Sébastian et voici Marie qui a un gros problème dont elle voudrait vous parler. - Ah bon ? Eh beien, allez-y, je vous écoute. - Alors… Euh… Comment dire… Je suis…. Euh… je suis transgenre et hier soir j’ai reçu plusieurs messages sur les réseaux sociaux, en fait ce n’était pas des messages mais des insultes venant tout le temps de la même personne. Et je ne sais pas du tout qui c’est. Personne ne savait ce secret, personne sauf Sébastian, et je suis sûre à 100 % qu’il n’a pas trahi ce secret. S’il vous plaît, Monsieur le proviseur, aidez-moi à retrouver le coupable. - Bien, je vais voir ce que je peux faire. - Oh merci, monsieur, merci !!! - Tout d’abord, est-ce que tu utilises beaucoup ces applications où on peut s’en servir comme journal intime ? - Euh.. Oui, bien sûr, mais pourquoi ? - Eh bien, parce qu’il y a deux ans une ancienne élève s’est fait pirater sur une de ces applications. Alors je suppose que c’est pareil pour toi. - QUOI !!! OH NON OH NON OH NOOON !!! - Pourriez-vous me montrer la photo de profil et son pseudo s’il vous plaît ? - Oui, bien sûr, la voici. - Voilà - D’accord, merci. En plus cette image me dit quelque chose. Bon, vous savez quoi, les enfants ? Je vais mener l’enquête de mon côté. - Oh merci !!! vous êtes le meilleur proviseur du monde !! - Avec plaisir. Il me faudra juste votre numéro de téléphone s’il vous plaît. - Le voici : 06 36 44 23 87. - Merci, allez, filez en cours maintenant. Une fois sortis de chez le proviseur, nous sommes allés en cours. Lorsque la journée fut terminée, je suis rentré chez moi pour (comme d’habitude) m’affaler sur mon lit pour réfléchir. Je me suis dit que Marie avait l’air d’être heureuse d’être une fille malgré les contraintes. Souvent je m’imagine à la place d’une fille et ça me fait du bien. D’ailleurs il y a quelque chose que Marie ignore à ce sujet. Chapitre 4 : Mon secret Quand j’étais petit pour Noël j’avais commandé un déguisement de fée, car pour moi les fées c’étaient des filles et des garçons. Donc, comme prévu, pour Noël, je reçois mon déguisement. Quelques jours après, mon école organise une soirée costumée, tout content, je prévois d’y aller avec mon nouveau déguisement. Je me présente à la fête costumé, je vais ensuite retrouver mon groupe de copains. En allant vers eux, je me rends compte que tout le monde me regarde bizarrement, mais je continue à m’approcher du groupe. Voici un court résumé du dialogue avec mes amis : - Salut les amis, ça va ? Elle est cool, cette fête, non ? Ils m’ont tous regardé étrangement. - Ben quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? - euh...ben… ton déguisement… - Quoi, mon déguisement ? - Ben… c’est un déguisement de fée. - Oui, et alors ? Il n’est pas joli ? - Ce n’est pas plutôt pour les filles ? Je n’ai pas tellement envie de rester avec une fée, moi. - Nous non plus, répondirent les autres. - Quoi ? Mais… Et je partis me cacher dans un coin pour pleurer, en attendant que ma mère vienne me chercher. Demain c’est décidé, j’en parle à Marie. Le lendemain, comme prévu je suis aller raconter l’histoire à Marie et mon envie de devenir une fille. Car au fond de moi, j’ai toujours rêvé d’être une fille, mais je n’ai jamais osé réaliser mon rêve. Voici sa réponse : -Quoi ? T’es sérieux ? Tu veux devenir comme moi ? - Euh… ouais… - Mais c’est GÉNIAL !!! Je vais tout t’expliquer, mais avant il faut que tu sois sûr de toi. - Je suis sûr et certain. - Et ta grand-mère, elle est au courant ? - Oui, elle m’a dit que je faisais comme je voulais. - Génial, on commence à la sortie du collège. OK ? - OK ! J’étais tellement heureux et en plus j’avais réussi à redonner le sourire à Marie. Depuis l’histoire des messages elle était tout le temps triste. Les jours passent, les mois passent. Nous sommes maintenant le 7 février 2019. Bonne nouvelle, je suis maintenant Séléna ; mauvaise nouvelle, nous n’avons toujours pas retrouvé le coupable de l’affaire des messages. Le directeur a appelé Marie pour lui dire que la police cherchait elle aussi des informations. Chapitre 5 : Une nouvelle moi Nous sommes à présent le 21 octobre 2036 et je suis étudiante à Paris. Je fais des études dans le cinéma. Je me sens beaucoup mieux dans ma nouvelle peau en tant que Séléna. Et je fais une coloc’ avec… devinez qui ? Marie évidemment ! Et devinez quoi ? Elle fait les mêmes études que moi, je suis trop contente ! Ma vie se passe super bien à part quelques remarques de temps en temps. Le 15 juin 2040, mon patron m’accepte comme cheffe des effets spéciaux, et Marie comme cheffe du maquillage et des costumes. Le soir nous sommes allées au restaurant pour fêter ça. Suite à cela, rien de spécial ne se passe dans ma vie. Sauf le 10 novembre 2052, ma grand-mère décède d’une crise cardiaque, c’est la deuxième fois que je n’ai jamais été aussi triste. Aujourd’hui, j’ai 67 ans et je raconte souvent aux plus jeunes mon périple en tant que mauvais genre.