Ce texte écrit par Ophélie a remporté le premier prix dans la catégorie lycéens en 2019.
L'avis du jury
Dans un style poétique, l’auteur imagine la fin de l’humanité. Nous avons été touchés par cette vision de fin du monde. Style nietzchéen, lyrique et péremptoire. Au milieu de ce marasme, la poésie demeure et l’amour naît. Un couple d’enfants innocents apporte une touche d’espoir.
Une terre détruite par des milliers d'obus, lancés aveuglément sur des villages, des bourgs et des cités. Des millions de morts, des pauvres victimes sélectionnées sans réels buts. Du métal rouillé fondu et soudé avec des ossements, des fossiles artificiels. Tout ça... Juste par une stupide idéologie humaine. Non pas par une, mais par la. La seule.
L'Homme est supérieur. Il peut tout détruire. C'est son droit. L'Homme est un dieu. L'Homme est Dieu.
C'est là, sur cette Terre ouverte, saignante, fumante, qu'il se trouve. Au centre d'elle, il est assis, en tailleur, la tête posée. C'est de là que coulent des petites choses, brillantes au rayon agresseur du soleil, transparentes comme le verre, existantes et inexistantes dès qu'il les ramassent, du revers de sa manche. Et elles réapparaissent, toujours plus grosses, plus brillantes, toujours plus transparentes, toujours plus existantes et inexistantes. De ses petits yeux clairs, contrastant avec sa peau café, ses cheveux tombants noir profond, s'écoulaient des trésors vierges, purs, éclatants. De ses petits yeux clairs, portant l'innocence et la douceur d'un cœur d'enfant, s'échappaient des sourires, des fou-rires, des câlins. De ses petits yeux clairs, le miroir de son âme, abîmée, éclatée, anéantie, se sauvaient des milliers de rêves, de jeux, d'histoires abracadabrantes, avec des princesses dans de grands châteaux, de pirates voguant sur les mers, de super-héros s'envolant dans l'espace pour protéger la Terre et l'Humanité. Il a toujours pensé qu'un jour, des êtres venus d'une autre planète infiltraient le monde et, se cachant parmi les hommes, ils détruiraient celui-ci. Dans un sens, il n'avait pas tord. Tout avait été détruit par l'empreinte d'êtres monstrueux, égoïstes, seulement intéressés par le pouvoir. Il s'était imaginé des hommes, des femmes, des enfants prisonniers de ce carnage. Cependant, il aurait aimé avoir tort. Car jamais il ne s'est imaginer être une de ces victimes. Jamais il ne s'est dit qu'il serait là, alors que d'autres sont là haut.
Il lève son regard vers le ciel enflammé, ensanglanté, et se demande si quelqu'un peut le voir d'ici. Après tous, maintenant tout peux arriver. Si des Dieux ont pu détruire une planète entière juste par idéologie, ou stupidité, il est bien possible qu'il y en ai un, là haut, qui tente de le protéger. C'est beau, l'innocence qu'on les enfants, à toujours espérer le meilleur, à toujours vouloir croire à quelque chose de beau derrière les horreurs. Peut être que c'est ça, l'innocence. Juste s'imaginer de la douceur, de la légèreté, de l'amour à l'état pur.
Ah l'amour, en voilà une chose que connaissent les Hommes. L'amour, c'est ce qu'ils ont toujours voulu défendre. Aimez vous les uns les autres qu'on se disaient encore, à une certaine époque. On voyait des hommes se tenir la main, des femmes prendre soin des autres, des soldats discuter avec
des gamins, en sortant de l'école. C'était la belle époque. Et pourtant, les Hommes se plaignaient déjà du manque d'amour parmi les hommes. Alors ils se battaient. Pour l'amour, ils partaient, tuaient, crevaient. C'était comme ça qu'ils rythmaient leurs journées, leurs nuits, leurs matins, leurs après-midi. Tout tournait autour de cette guerre, pour l'amour, finisant en guerre contre l'amour. Car l'amour n'a jamais été dans leur cœur. Sinon, pourquoi se battre ? S'ils avaient déjà l'amour, pas besoin de se battre ! C'est l'un des plus grand principes de L'Homme. Se battre pour ce qu'on ne pourra jamais avoir.
C'est certes vain, mais ça reste humain.
Les larmes ont fini par disparaître dans le regard vide du petit gars. Celles-ci ont laissé des traces grasses et salées sur ses joues creusées, sur ses fines lèvres ouvertes et déshydratées, sur sa mâchoire fragile, rouillée de ne plus avoir à servir, que ce soit pour manger, boire, ou même parler. Il aimerait parler. Il voudrait parler. Il rêverait de parler. Mais où ? Quand ? À qui ? Il est seul. C'est indéniable, il est seul. Il n'y a pas de papa fort qui le protège, de maman câline qui le chouchoute, pas de grand frère à imiter, pas de petite sœur à se moquer. Il n'y a rien. Rien.
Que du rien.
Non. Il y a quelque chose. Quelque chose d'indétectable. Comme si c'est trop petit pour être vu, trop discret pour être entendu, trop léger pour être caresser.
Quelque chose attire le regard du petit garçon. Une petite lueur, infime, brillant sur l'astre lunaire. Comme un petit diamant, un petit bout de verre tombé et reflétant les rayons monstrueusement dévastateur du soleil. Ce petit quelque chose semble perdu entre les millions de grains de poussières lunaires. Eclatant dans la saleté. Lumineux dans la misère. Comme lui. Etrangement, à la vue de cette "chose", l'enfant se sent bien. Incroyablement bien. Comme libéré du mal qui le rongeait. Alors qu'il ferme les yeux lentement, il discerne de cette chose une forme humaine, et qui-plus-est féminine. Une jeune fille, une enfant, une humaine. Sur la Lune.
Ce qui perturbe encore plus le petit être est le fait que la fille est nue. Sa peau blanche porcelaine se fond sous le paysage vide de l'astre, mais elle ne disparait pas totalement pour autant, grâce, en partie, à ses cheveux épis de blé, à ses yeux bleu azur transperçant, et à ses millions de tâches de
rousseurs, comme des millions d'étoiles déposées sur ses joues, son nez, son front. Une petite étoile observant curieusement le petit garçon, faisant de même. La petite lui sourit tristement, regardant distrètement les marques de brûlures, causées par le soleil et par ses larmes, comme pour lui dire qu'elle le comprend. Elle doit se sentir seule, elle aussi. Toute seule, sur sa Lune, toute la vuie à attende quelque ami pour jouer, rire, pleurer, vivre. C'est dur la vie, se disait-elle parfois. C'est triste la vie. C'est violent la vie.
C'est humain, la vie.
Alors, levant son regard vers le soleil, elle ferma délicatement les yeux. Le petit, la scrutant sérieusement,se déshabilla lentement, chaque couche de vêtement retirée le libérant un peu. Il enleva son t-shirt, son short, son boxer. Peu à peu, sa solitude disparait, son manque d'amour, sa haine, ne laissant place qu'à la douceur, la légéreté, l'amour... A l'enfance.
Croisant le regard de sa nouvelle accolyte, il fixe, une dernière fois, le Soleil, le bourreau second de son corps, son seul compagnon depuis longtemps, pour lui dire adieu. Alors, dans un dernier soupir, comme connecté à la Lunaire, il ferme ses doux yeux et tombe.
Aujourd'hui, l'Homme a détruit ce qu'il avait de plus cher, de plus important, ce qu'il avait à chérir plus que tout. Il ne s'agit pas d'une Terre, d'un oxygène, ni même d'un aliment. Ce que l'Homme a détruit est bien plus beau que ça.
Aujourd'hui l'Homme a détruit son Humanité.